Brise d'océan
Un genre d'essai sur mon désodorisant.
Les prix ont flambé depuis à peu près toute ma vie de consommateur. Tout change, tout le temps. Avant, il y avait deux saisons mode : printemps-été, automne-hiver. Maintenant, les collections durent trois semaines. Les chaînes de restauration rapide sortent des nouveautés aux dix jours. Tout carbure à ce qui est fresh, pis tout ce qui est old school devient suspect… jusqu’à ce que ça revienne à la mode via un FOMO nostalgique, mais ça, c’est un autre dossier.
Fak, c’est bin sûr que je vous apprends rien si je vous dis qu’on vit dans une époque d’obsolescence programmée. La durée de vie des produits qu’on consomme réduit aussi vite que le solde de ton compte de banque la seconde où ta paie rentre.
Mais à matin, j’ai pas l’goût de vous peser a’ec ça. J’ai l’âme et l’humeur légères. Pis en sortant de la douche et en m’habillant, j’pensais à tout ça et j’me disais :
« Il y a quand même des exceptions. Des affaires qui échappent miraculeusement aux tendances d’accélération du capitalisme d’étage tardif » (c’est ça la traduction de late stage, right?). Bref, y’a dans nos quotidiens des produits qui sont comme emprisonnés dans une capsule temporelle.
Je parle évidemment ici du Speed Stick Brise d’océan.
C’est le désodorisant que j’ai choisi et que je mets encore. À 11 ou 12 ans, sixième année du primaire ou début du secondaire, devant toute l’offre disponible, j’avais d’abord essayé la marque Degree. J’pense qu’ils faisaient des pubs pendant les matchs des Expos. J’avais pas aimé le produit. J’suis pu trop sûr pourquoi… peut-être le résidu sous mes blanches aisselles, peut-être l’odeur? C’est flou. Ensuite, j’ai essayé Speed Stick. Pis j’ai stick to it (hu hu).
Ça fait 30 ans.
J’ai 41 ans, pis je me mets encore ça en d’ssour des bras. Le packaging a à peine changé. Ils ont revampé les couleurs il y a quoi, 10-15 ans, mais sinon c’est la même affaire. Avant, c’était deux bâtons pour 5$ à la pharmacie. Aujourd’hui, c’est deux pour 8. Mais ils ont bumpé le format de 70 g à 85 g, fak tsé, c’t’encore un tabarli de bon deal.
Et je trouve ça proprement fascinant (prendre la voix de Charles Tisseyre).
Parce que le prix du Speed Stick Brise d’océan est essentiellement resté stable toute ma vie. Comme le dentifrice Colgate, tsé le tube rouge et bleu, toujours dans le bas de l’étalage, le moins cher. Genre 1,49$.
Deux produits de Colgate-Palmolive qui semblent complètement immunisés contre le temps.
Les économistes utilisent l’indice Big Mac pour comparer le pouvoir d’achat des consommateurs d’un pays à l’autre. Si le Big Mac coûte pas le même prix en Turquie qu’au Canada, ça dit quelque chose sur la valeur relative des monnaies, sur le coût de la vie, etc.
Moi, je veux un indice Speed Stick Brise d’océan. Ou Colgate bleu-rouge.
Messemble qu’il y a quelque chose à apprendre sur le fait que ces produits-là semblent inélastiques à la pression constante de la nouveauté. Des produits qui restent. Qui changent à peine. Qui continuent de se vendre sous le regard snob des autres produits neufs de l’allée.
Bref. Ça, c’était l’état de mes réflexions avant mon deuxième café. Pis si tu te demandes si c’toujours pas léger d’même dans ma tête, j’te répondrai que je parlerai de cet enjeu qu’en présence de mon avocat.
Mais c’est quoi l’rapport avec c’qu’on fait icitte, sur Émotions Rock? Qu’est-ce que j’essaie de dire avec ce détour-là?
C’est ténu rare, mais j’avais envie de parler de musique qui évoque le surf, la plage, le soleil. À l’instar du Speed Stick Brise d’océan, les tounes de la pléliss que je vous suggère m’inspirent la confiance, elles me font sourire et m’entraînent dans un décor où la brise chaude, le soleil, le sable et l’océan me mettent une nouvelle couche de peinture dessus, après qu’l’hiver m’ait déteindu, dirait Lisa LeBlanc.
Fak, c’est ça. Pèse sur Play et ouvre les f’nêtres.
Looking for Gabbio – GrimSkunk
Une toune de Fieldtrip (1998). J’ai jamais été un gros fan de GrimSkunk, mais celle-là, je l’ai toujours aimée. Le clip à MusiquePlus, du monde qui skate dans un genre de skatepark en bord de mer, quelque part en Californie imaginaire, c’était parfait. Le flow de Joe Evil dans les couplets est écœurant, pis le refrain avec Franz qui lance it’s outrageous, it’s contagious… incroyable. D’ailleurs, c’est quand même drôle qu’il dise it’s contagious, quand on sait qu’il s’est prononcé contre les V a X x I n S pendant la pandémie. Mais bon. Grosse toune.
Goner – Wavves
J’aurais pu prendre King of the Beach. J’aurais pu prendre n’importe quoi de Wavves. Le band s’appelle Wavves, le chanteur est un surfer… on comprend le concept. Mais Goner, c’est de la bombe. Gros refrain, énergie slack parfaite. Ça sent la crème solaire pis la Corona de fin d’après-midi.
Whale Song – Pearl Jam
Solide deep cut du répertoire de Pearl Jam compilée sur Lost Dogs. Telle nichée comme toune que c’est même pas Eddie qui la chante, c’est Jack Irons of all people, le drummer sur No Code et ancien des Red Hot Chili Peppers (!). Atmosphère flottante, paroles un peu naïves, mais… instructives? Savais-tu ça toi que le cœur d’une baleine était aussi gros qu’un char? Moi non plus.
Jericho Sirens – Hot Snakes
Y’a un gars qui fait du surf sur la pochette. As-tu d’autres questions?
Rock Formations – Yawning Man
Yawning Man, c’est d’abord une institution du desert rock. Des gars de Palm Desert en Californie, donc techniquement loin de la mer. Mais Rock Formations, c’est une chanson parfaite de crépuscule sur une baie calme. Ciel orangé. Marée douce. Le tone de guitare est hypnotisant.
Good Vibrations – The Beach Boys
Pô l’choix.
Pretty Pimpin – Kurt Vile
Kurt Vile vient peut-être de Philadelphie, mais spirituellement, ce gars-là est un surfer. Cool jusqu’au bout des ongles. Pretty Pimpin est pas vraiment une toune de surf rock, mais l’ethos de Vile, son côté décalé, chill, un peu perdu, fait que pratiquement tout son catalogue peut entrer dans cette catégorie-là.
Mongoose – Fu Manchu
Est-ce que ça vole, une mangouste? Non. Est-ce que c’est grave? Absolument pas. Grosse toune. Enwouaille, embarque, on s’en va s’acheter un El Camino.
Malibu – Hole
Refrain irrésistible. Chanson de coucher de soleil parfaite. Paraît que Billy Corgan a participé à l’écriture. Il peut d’ailleurs pas s’empêcher d’en parler. Le beige.
Last Ride In – Green Day
Des vagues. Du tremolo. Qui dit mieux? Une toune complètement surprenante qui débarque en plein milieu de Nimrod, le meilleur album de Green Day (chaude prise?).
Québec a peut-être la Baie de Beauport qui sent la crème solaire cheap, mais je doute que Kenny Turgeon se tienne dans cette zone de spikeball et de tapes sur le chest. De son local de pratique, il distille quand même tout le soleil de la Californie avec son rock lumineux, ses mélodies douce-amères pis son sarcasme tranquille.
Haut-fond – Population II
Sexé progue de crépuscule maritime.
Pleasure Seekers – The Bronx
Tu t’souviens du El Camino de taleur? J’passe te chercher avec dans 35 minutes au métro Namur, pis on se part les 3 premiers de The Bronx en pognant une ride vers le non-retour comme dirait Olivier Langevin.
Under the Sun – DIIV
Contemplatif dans un bain d’soleil (et de reverb).
No Waves – FIDLAR
La tête qui tourne su’l bord d’la beach.
Girlfriend – Ty Segall
Notre beach bum (mais pas si bum et pas si beach que ça non plus maintenant qu’il habite à Denver) préféré ici dans les bureaux d’Émotions Rock (gros bureaux by the way).
Nite Expo – Thee Oh Sees
John Dwyer me semble être un gars qui pourrait faire du longboard à Long Beach avec Matthieu Dugal. Close enough.
All I Wanna Do – Sheryl Crow
Eille le lap steel pareil.
Deadweight – Beck
Dude, y’a du guero dans toune. Et le clip est malade.
Detour – La Sécurité
La sécurité avant tout en surf.
The Sea – Morcheeba
Peu importe qui a dit que le trip hop, ça devait obligatoirement être noir et frette, Morcheeba a pas eu l’mémo.
What’s Golden – Jurassic 5
Tu sais c’qui est doré? Le soleil. Close enough. Meilleur flow. Pis eille, c’est la toune du générique de Hip Hop à MusiquePlus animé par le légendaire Versatile. Et ça, tu fuck pas avec ça.
I Wanna Riot – Rancid featuring The Stubborn All-Stars
Si tu ressens pas une p’tite brise chaude dans ta chevelure et que t’as pas le p’tit genou swingant en écoutant ça, j’peux rien faire de plus.
On termine cette entrée différente dans le catalogue d’Émotions Rock avec les paroles de ce philosophe de la planche de surf.
GET PITTED!


No waves de Fidlar.
Dans ma playlist depuis quelques années déjà. Encore en rotation forte.
J'aime beaucoup.
En fan fini des Ramones que je suis, j'ajouterais Surfin' Bird et California sun à la liste.
Excellent texte !